Voilà un livre qui m'a vraiment trop touché... Il raconte tellement de ce que je vis ou ce que j'ai vécu...
Un extrait... qui donne envi de changer...
« ... - Je ne peux pas t'aider Philip, parce que la porte est fermée. Le passé compte-t-il pour toi plus que le présent et le futur ? C'est si facile de renoncer par nostalgie, quelle formidable douleur passive, quelle admirable mort lente, mais c'est une mort quand même. Aux premiers jours de notre rencontre tu me racontais tes rêves, tes envies, j'ai cru que tu m'appelais, je suis venue et toi tu es resté prisonnier de ton imaginaire ; et moi j'ai eu l'impression d'être chassée de ma propre vie. Je ne t'ai enlevé à personne Philip, tu étais seul quand je t'ai rencontré, te souviens-tu ?
- Pourquoi dis-tu ça ?
- Parce que tu abandonnes, et je n'en suis pas la cause.
-Pourquoi te refuses-tu à approcher Lisa ?
-Parce qu'il faut être deux, et qu'elle ne le souhaite pas non plus. Pour toi c'est facile, la place du père était libre.
-Mais il y a toute la place du monde dans son c½ur.
-C'est toi qui dis ça ? Toi qui n'as pas su malgré tout mon amour en faire autant dans le tien !
-Je te fais de la peine à ce point-là ?
- Beaucoup plus Philip. Il n'est pire solitude que celle que l'on éprouve quand on est deux. J'ai voulu partir alors que je t'aime, quel outrage à la vie. Mais parce que je t'aime, je suis encore là, et toi tu ne me vois pas, tu ne vois que toi, ta douleur, tes doutes, tes incertitudes. Et tu n'es plus aimable, pourtant je t'aime.
-Tu as voulu me quitter ?
-J'y pense chaque matin en me levant, aux premières heures de nos journées, en te voyant avaler ton café dans les silences de tes refuges, en te regardant quand tu t'habilles de solitude, quand tu te laves du parfum de ma peau sous l'eau qui coule trop longtemps, quand tu te précipites vers le téléphone qui sonne, comme si tu venais d'y entrevoir une fenêtre par où t'évader un peu plus encore. Et moi je reste là, les bras lourds d'un océan de bonheur où je rêvais de nous baigner.
-Je suis seulement un peu perdu, plaida-t-il doucement.
-Tu n'as appris aucune leçon Philip, je t'observe quand tu te vois vieillir, lorsque tu passes tes doigts sur les rides qui se forment sur ton visage ? Je t'ai aimé vieux au premier jour, c'est comme cela que j'ai su que je voulais faire ma vie avec toi, parce que l'idée d'un âge sans limites à tes côtés me rendait heureuse, parce que pour la première fois de ma vie je n'avais plus peur de l'éternité, pas plus que des affronts du temps, parce que quand tu entrais en moi je sentais tes forces et tes faiblesses et que j'aimais leur doux mariage. Mais je ne peux pas inventer notre vie toute seule, personne ne le peut. On n'invente pas sa vie mon amour, il faut le seul courage de la vivre. Je vais partir quelques jours. A m'abandonner en toi je vais finir par me perdre.
Philip prit les mains de Mary dans les siennes et les embrassa.
-C'est mon enfance qui est morte avec elle et je n'arrive pas à en faire le deuil.
-Susan est un prétexte, ton adolescence aussi. Tu peux prolonger éternellement cette partie de ta vie, tout le monde le peut. On rêve d'un idéal, on le prie, on l'appelle, on le guette, et puis le jour où il se dessine, on découvre la peur de le vivre, celle de ne pas être à la hauteur de ses propres rêves, celle encore de les marier à une réalité dont on devient responsable. C'est si facile de renoncer à être adulte, si facile d'oublier ses fautes, de mettre l'erreur au compte d'une fatalité qui masque nos paresses. Si tu savais comme je suis fatiguée soudain. J'ai eu ce courage-là, Philip, celui de t'aimer dans ta vie, qui était si compliquée, comme tu disais au début. Compliquée de quoi ? De tes tourments, de tes inachevés ? Parce que tu croyais en détenir le monopole ?... »